Made in Douala – Prologue.

Cela fait un moment déjà que je n’ai pas posté, n’est-ce pas ?

J’espère que vous allez bien. Pour ma part, au risque de ne pas vous surprendre, j’ai été très occupée dernièrement.

La semaine dernière, je lisais un article dans lequel un spécialiste en économie disait que (je cite) “L’Afrique, c’est un peu Disneyland pour les entrepreneurs“, comprenez un terrain de jeu géant où tout est possible. Bien que la comparaison puisse sembler un peu abrupte, je partage totalement ce sentiment. Depuis que je me suis lancée dans la création d’entreprise, où que j’aille, je vois de moins en moins de problèmes et de plus en plus d’opportunités… et Dieu merci, je ne suis pas la seule dans ce cas. Nous sommes plusieurs, vivant ici ou là, à avoir pris conscience du peu d’offres (qualitatives et compétitives) face à la demande en matière de consommation en Afrique subsaharienne. Je ne vais pas vous ressortir le refrain sur les nouvelles opportunités économiques que représente cette région du monde, Le Point, le New York Times ou plus récemment, Courrier International en ont fait leur choux gras.

(“Mama Eto’o” telle qu’on la surnomme, croisée plusieurs fois depuis mon arrivée, a bien voulu prendre la pose pour moi)

Au fur et à mesure que j’avance, je rencontre des gens dans mon réseau direct et indirect avec qui je partage à la fois des opinions et le même “mindset”. Après tout, je passe mon temps à gueuler, parfois même à haïr le Cameroun à cause de son immobilisme (apparent ?), et cette frustration s’est accentuée ces dernières années… à cause des contre-exemples que je voyais émerger au Nigéria. Tout d’un coup, la jeunesse et la diaspora nigérianes, de par leur dynamisme, me frustraient parce qu’ils démontraient qu’on n’était pas TOUS condamnés à être des victimes de nos dirigeants. Pourquoi cela se passait-il différemment au Cameroun alors que les compétences sont loin d’être inégales et que les jeunes camerounais de la diaspora brillent par leurs parcours académiques ? Pourquoi s’extasie-t-on devant le développement de la mode, de la musique, de l’industrie des services et de l’entertainment en général “Made in Naija” alors que nous pourrions faire la même chose ou presque ? A l’époque, j’en ai discuté avec quelques personnes qui ont tôt fait de dire qu’il n’y avait “rien à envier” aux “anglophones”, sûrement par orgueil. Le chauvinisme à la camerounaise a l’objectivité très sélective, voyez-vous. Bref.

(Vue du port de Douala, et du mont Cameroun en arrière-plan, au coucher du soleil)

Fin 2011, en rentrant d’un séjour de 3 mois à New York, j’ai fait une escale à Yaoundé avant de rentrer à Paris. Encore dans ma bulle, j’essaie de convertir les quelques jeunes que je croise en leur disant de secouer l’ordre établi en se prenant en main, par l’entrepreneuriat par exemple. Je suis bien consciente que l’environnement est plutôt hostile et qu’il faut bien manger en attendant, mais les opportunités sont partout pour peu que l’on veuille vraiment se lancer. Peine perdue, je fais face à des gens partagés entre désillusion et paresse. Je rentre à Paris énervée et à ce moment-là, je me promets de faire une croix sur le Cameroun, que je ne visiterai qu’une fois tous les 5 ans désormais. Puis il se trouve que je discute avec J., organisateur d’une conférence sur l’innovation intitulée “9 ideas”. Il souhaite que je prenne la parole à la conférence qui doit avoir lieu dans les mois qui suivent. Je m’interroge et j’hésite, mais je finis par accepter sa proposition. La suite, j’en ai parlé ICI. Assister à cette conférence m’a fait changer lentement d’avis, tout espoir n’est pas perdu. Il y a une frange de jeunes entrepreneurs qui ont envie de changer les choses, bien qu’ils soient peu médiatisés. Après avoir longuement discuté avec certains d’entre eux, je rentre à Paris le coeur plus léger qu’en partant.. mais je reste toujours sceptique car un décalage grandissant existe entre cette nouvelle génération et “le système”.

Lors d’un rendez-vous professionnel à Paris il y a déjà plusieurs mois, je fais part à mes interlocuteurs d’une idée que j’ai (parmi d’autres) pour le Cameroun. Après tout, c’est bien beau de prêcher aux autres, mais il est temps que je fasse moi-même le grand saut.

A ma grande surprise, ils accrochent totalement et à la fin du rendez-vous, on parle déjà délai, business plan, projection financière. S’en sont suivies les séances de travail, d’évaluation et étude de faisabilité, vous connaissez la chanson. Puis, au bout d’un moment, puisque l’on est dans le domaine des services et que l’accès aux données au Cameroun n’est pas une sinécure, il fallait fatalement se rendre sur place pour la prospection et l’étude de marché.  Après avoir assisté au bouclage du numéro avril-mai 2013 de FASHIZBLACK (je donnerai plus de détails sur notre absence des kiosques au moment opportun), j’ai filé prendre un vol direction Douala, capitale économique du Cameroun et accessoirement, ville où je suis née et ai grandi.

J’appréhendais le déplacement car je m’y rendais avec une de mes associées sur le projet, et qu’il s’agissait de la 1ère fois qu’elle se rendait au Cameroun. Je suis déjà habituée aux comportements des camerounais, à leur approche parfois très agressive des choses, mais mon associée étant clairement identifiable comme étant une “étrangère” (elle n’est pas noire), je craignais qu’elle ne vive des situations traumatisantes. A l’aéroport, je commence déjà à préparer le terrain en lui racontant les pires horreurs histoire qu’elle soit prête…….. Et vous savez quoi ? J’ai eu tort sur toute la ligne. Le séjour s’est ultra bien passé, elle a adoré Douala. Pour ma part, j’ai à peine reconnu la ville alors que j’y étais il y a un an exactement.

(Des panneaux solaires installés sur l’une des artères principales de la ville).

Des chantiers partout, des panneaux solaires, routes sensiblement en meilleur état, des panneaux d’affichages toujours plus grands et lumineux, des nouveaux types de commerce (Bar à cigares, cafés à la Starbucks..), j’ai très vite l’impression d’avoir loupé un épisode. En discutant avec notre chauffeur, il m’explique que les budgets de gestion de la ville ont été décentralisés et sont désormais principalement attribués à chaque commune de la métropole. Il ajoute également que le chef de l’état est attendu à Douala pour inaugurer la construction du 2ème pont de la ville et cela expliquerait qu’il y ait plus de policiers en ville (et donc plus de sécurité).  Ah bon.

Ne pouvant pas tout raconter en un seul post, je vais découper mes récits en 3 volets où je parlerai des “Change Makers” (“faiseurs de changement” en traduction littérale) que j’ai rencontré, du secteur de la beauté et la formalisation de la distribution et enfin, une de mes plus belles découvertes: le 1er Concept Store multimarques dédié à la Mode Africaine du Cameroun (de très belles photos à voir !).

Rendez-vous sur le blog très vite pour la 1ère partie.

 

 

2 commentaires

  1. ines

    Hi,Juste contente de voir cette premiere partie(tres bien ecrit)..qui me donne espoir pour le cameroun (en qq sorte) cannot wait for the other parts !!! :)

  2. Pingback: Made in Douala – Part 1. Ceux qui font bouger les lignes. | The MayBach Experience.

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