New York Fashion Week: Une rédactrice (française) gifle une attachée de presse avant un défilé…

Il y a un an, environ à la même période, j’étais au 10ème étage d’un immeuble de Chelsea, New York… la tête dans les listings d’invitations Fashion Week. Je commençais à peine mon stage de Relations Publiques pour cette marque de luxe britannique, et j’avais pour mission ce jour-là de classer les invitations par ordre: Oui – Non – Peut-être (Traduisez “S’il reste des places quelque part au fond à droite”).

Un des trois attachés de presse de la marque (qu’on appellera Jay), avait imprimé toutes les demandes d’invitations au défilé (qui présentait la collection Printemps/Eté 2012 à Paris), et avait pris le soin de mettre des petits signaux sur chacune d’entre elles, en fonction de l’importance de l’expéditeur. Vous vous en doutez, il y avait plus de “non”, que de “oui”. Et chose drôle, en classant, je suis tombée sur le nom de certaines blogueuses frenchy qui racontaient des bobards dans leurs demandes (mentant sur le nombre de leurs visites mensuelles ou supposée influence) mais je ne suis pas là pour balancer aujourd’hui, passons.

Donc. Me voilà à classer les papiers soigneusement. Je pensais y passer un quart d’heure tout au plus, mais en fait, j’y ai passé deux heures. Pourquoi ? Parce que Jay m’a fait recommencer près d’une dizaine de fois. Bien sûr, en mon fort intérieur, je me demandais si c’était une forme de bizutage ou s’il souffrait de TOC. Mais plus on approchait de la date de défilé, plus les responsables Presse de la marque se sautaient à la gorge et ce souvent, à cause d’UNE chose: le placement. Et croyez-moi, ce jour-là, je me suis dit que je ne serai sûrement jamais attachée de presse.

J’avais toujours eu conscience du côté hiérarchique à la limite du ridicule du milieu Mode, mais je crois que l’on ne le réalise vraiment jamais tant qu’on entre pas dans le saint des saints, soit le monde du luxe. En 4 mois de stage, j’ai été assez écoeurée des pratiques, des courbettes et tout le tralala, mais pour ça je vous renvoie à CET article. Quand je vois le temps qu’ont passé mes responsables de l’époque à s’assurer que telle star serait bien à côté de telle rédactrice, à finalement faire passer une blogueuse de la place debout à la place assise… j’ai commencé à m’interroger sur le sérieux de tout ça. Globalement, être P.R. (le nom court en anglais pour Attachée de Presse) c’est savoir flatter les égos de ceux qui sont en haut de l’affiche, et mépriser outrageusement ceux qui sont en bas. Et j’avais la sensation que rien n’est fait dans la demie-mesure: soit on vous flatte à la frontière du lèchage de bottes, soit on vous méprise tellement que l’humiliation  en devient insupportable.

A Paris,  même si certaines attachées de presse ici sont pour le moins désagréables, c’est sûr,  les choses m’ont l’air bien moins disproportionnées. Et ce n’est pas le dernier Fashion drama new yorkais en date qui me fera penser le contraire:

Marie-José Susskind-Jalou est la présidente des éditions JALOU depuis 2003, possédées par son défunt père. Il s’agit du groupe qui détient et édite les magazines JALOUSE et (ce que je considère comme le meilleur magazine de luxe en France) L’Officiel Paris. Inutile de dire donc qu’elle est une personnalité influente et respectée. Elle s’est rendue à la fashion week de New York qui a débuté la semaine dernière, en compagnie de ses filles:  Jennifer Eymere (qui travaille chez Jalouse) et Vanessa Bellugeon (qui travaille chez L’Officiel). 

(de gauche à droite: Jennifer Eymère, Marie-José Susskind-Jalou et Vanessa Bellugeon)

Quelques minutes avant le défilé de Zac Posen, les pompiers de New York ont décidé de faire retirer 60 sièges, pour des raisons de sécurité paraît-il. Vous imaginez la PANIQUE de Lynn Tesoro, en charge de la presse de la marque (et donc du placement)! Comment gérer en si peu de temps des VIP qui perdent patience ? Qui doit rester debout et qui doit être assis en priorité ? Il faut gérer les humeurs de ce petit groupe de “Happy Few” et ne froisser l’égo de personne. Du moins, personne d’important. Bien sûr, certains invités ont compris la situation. Mais d’autres, visiblement, non. C’est ainsi que l’on apprend donc hier qu’un drame s’est produit avant le défilé: Lynn Tesoro, attachée de presse en charge de Zac Posen, a reçu une gifle ! Tout le monde a tout de suite pensé à Naomi Campbell, qui défilait pour la marque ce jour-là, mais non. La gifle a été donnée par une invitée mécontente, et plus précisément, Jennifer Eymère.

D’après ce que rapporte WWD, la jeune femme a confirmé l’incident par les déclarations suivantes:

“Je lui ai dit (à Lynn Tesoro): “Ne parle pas à ma mère comme ça. Tu dois arrêter de lui parler de cette manière. Fais gaffe, je vais te gifler”. Mais elle ne m’a pas écouté et a continué, et c’est arrivé.

Je suis désolée, je sais que l’on ne doit pas faire ça. C’était une petite claque, je n’y suis pas allée fort. Je ne l’ai pas blessée, c’était juste pour l’humilier. Elle a humilié ma mère, et je l’ai humilié en retour devant son équipe. Voilà. Et je lui ai dit après ça “Maintenant tu sauras qu’il ne faut pas déconner avec les français.”

Alors, bien évidemment, la première réaction est de rire. En général, ce sont les “racailles”, “Niafous” et autres “Wesh Ma Gueule” qui en viennent aux mains pour des affaires de manque de respect aux parents. Transposer ça à un milieu aussi aseptisé, futile et plein de bonnes manières que celui du luxe est pour le moins hilarant. Ceci dit. Je trouve cette réaction complètement hors de propos, et très représentative de cette hiérarchie tyrannique dont je parlais plus haut. Toutes les “filles de” du milieu ne sont pas arrogantes ou imbues d’elles-mêmes (Bee Schaffer en est l’exemple). Cependant, une bonne frange d’entre elles se sent au-dessus de la mêlée parce que non seulement, elles sont bien nées, mais en plus on leur a toujours accordé un laisser-passer pour faire et dire ce qu’elles souhaitent… parce qu’elles seraient influentes. Parfois, leur prétendue influence n’est même pas liée à leurs compétences, mais plutôt à leur niveau de parenté/proximité avec X ou Y.

Par ailleurs, il y a toujours cette menace planante du chantage: “Si chez la marque Blablabla, on n’est pas traité comme il se doit, on ne fera plus de parution de leur produit”.. Ce qui est souvent contre-balancé par un autre chantage: “Si Ragnagna Mag nous boycotte, on ne les invite plus aux défilés et on retire nos pubs”.  Finalement, les rédacteurs et les attaché(e)s de presse sont constamment dans cette relation où l’on s’aime mais on se regarde aussi en chien de faïence. Ca a de quoi rappeler la Guerre Froide par moment.

Dans le cas du “Zac Posen Gate”, peu importe ce qu’aurait pu dire Lynn Tesoro à Mme Susskind-Jalou, rien ne justifie qu’elle ait été giflée. Et ce, pour la simple et bonne raison que ce n’était pas de sa faute si 60 sièges sont retirés d’un défilé à la dernière minute, alors qu’elle a passé du temps à tout organiser. Lors du défilé Balenciaga Printemps/Eté 2012 , les chaises se sont carrément effondrées… et Carine Roitfeld s’est retrouvée par terre. De Catherine Deneuve à Hamish Bowles, tous ces grands noms sont restés debout..et je n’ai pas entendu dire qu’un illustre invité était parti de là furieux ou que l’attachée de presse de Balenciaga ait reçu une “petite claque“.

(Les invités du défilé Balenciaga debouts après l’effondrement des chaises).

Je suppose encore une fois que tout est finalement question de personnalités. Certains sont conscients de leur importance dans un cercle, mais gardent en tête qu’il y a des limites à tout. Et d’autres non.

L’histoire ne nous dit pas si Lynn Tesoro portera plainte, mais si ça arrive, j’ai déjà hâte de lire les retranscriptions des différents partis impliqués. Ce “Now you know you don’t f*ck with French People” de J. Eymère vaut son pesant d’arachides grillées.

P.S.: Sinon, il semblerait qu’à un certain défilé il y a 2 jours, on ait fait asseoir un vieux monsieur par terre afin de filer sa place à Olivia Palermo, pour qu’elle soit mieux assise au 1er rang. La mode, la mode, la mode.

7 comments

  1. Hannabe

    La mode, le vêtement en soi a tendance à fasciner mais le reste autour (du moins, ce qu’on entend dessus) à en effet tendance à dégouter. Merci à J. Eymère d’avoir mentionné le terme ” les français ” histoire que notre réputation/cliché empire…
    Malgré le fait qui est affligeant c’est un plaisir de lire l’article si bien écrit.

  2. LOLA

    Le petit point que tu oublies de préciser est que Lynn Tesoro est co-fondatrice du HLGroup qui non seulement gère le PR de plusieurs marque (dont DVF ou ODLR) mais organise des évènements comme les Style Awards. Donc, elle a giflé une femme aussi si ce n’est plus influente qu’elle. Il y a une différence entre gifler le stagiaire et gifler la patronne. Le retour de bâton peut être plus grave et l’humiliation plus grande (Blacklisté d’un show par exemple). L’affaire est donc à suivre.
    L’attitude de cette demoiselle est digne d’une enfant gâtée et manque de professionnalisme. Elle fait du tort aux editions JALOU et aux rédactrices françaises.
    Ce que cette jeune fille oublie, c’est qu’elle n’est justement pas aussi influente que cela. Les gens qui comptent aujourd’hui viennent de chez CONDE NAST, HEARST, V Magazine, Numero et autres. Elles ne sont ni Babeth Djian ni Anna W où autres.
    Elles ont beau être “influentes” et “importantes”, tout le monde est important dans le monde de la mode. Il faut juste savoir à quel niveau on l’est. Et je peux te dire qu’aujourd’hui il est plus intéressant pour ZP d’avoir Garance Doré au Front Row que des rédactrices de JALOU.
    Le monde de la mode et la guerre des egos. Ça m’amusera toujours et de toutes les façons, c’est ça qui fait le charme de ce milieu.

    Balenciaga est quand même un cas bien à part de part l’influence de Nicolas Ghesquiere sur la mode de ses 15 dernières années. :-)

  3. Pingback: LA GIFLE chapitre 2: les belles, la mode et le million de dollars. | The MayBach Experience.
  4. Christie

    C’est marrant plus j’en apprend sur le monde de la mode, moins j’ai envie de “bien” m’habiller.
    Je vais finir habillée en Decathlon 7j/7

    C’est un milieu hyper bizard, je veux dire: des égo surdimensionnés des conflits, la sacrosainte hierarchie, il y en a dans tous les domaines, je suis en Medecine et je sais bien de quoi je parle.

    Mais la raison du conflit? la finalité de tout ça?
    Je veux pas être démago, ni comparé l’incomparable, mais ce monde me parait tellement éloigné de la société.. je veux dire, concrètement:

    ça sert à quoi la mode?

    C’est juste une interrogation philosophiaue.. que personne n’y voit de critique.

    Moi même j’ai les jolis vêtements, mais je ne suis certainement pas a la mode, mais quand je vois
    - des nanas se ruiner pour des fringues
    - des nanas complexer car -trop grosse – pas dans l’air du temps
    - des gens se prendre pour dieu alors que bon… ok creer des vetements c’est joli et tout, mais ils apportent rien a la société
    - le prix des vêtements flamber chaque année pour de la qualité de merde
    - les mannequins, qui acceptent qu’on les fasse ressembler a des extras terrestre chelou sur les defiles ou dans la vie
    - tout cet argent, que des gens qui n’en n’ont pas toujours’ investi dans des fringues qui seron “demodées”

    Bon je veux pas faire ma vielle-réac-qui-connait-ce-que-c’est-la-vraie-vie-comment-souffrent..

    Mais que quelqu’un me réponde: La mode à quoi ca sert?

    ça ferait un bon prochain article ca non Maybach? j’attend un essai de 10000 mots. Nan je plaisante.
    Mais merci a celui ou celle qui me répondra.

  5. Christie

    je précise que je me doute que ça serve a quelque chose, puisque j’apprécie (beaucoup!) ce blog que je visite occasionellement et qui parle de mode.

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