Dolce & Gabbana Printemps/Eté 2013: boucles d’oreilles racistes/colonialistes ?

Dolce & Gabbana n’est pas une marque étrangère aux scandales (on se souvient de cette pub et son éloge à peine subtil au viol collectif). Manque de goût/tact ? Provoc’ gratuite ? Un peu des deux ? Allez savoir. Toujours est-il que la semaine dernière, lors de la Milan Fashion Week, les créateurs italiens ont proposé une collection pour la saison Printemps/Eté 2013 dont je ne suis pas spécialement fan (en même temps, je ne suis pas très portée sur ce qu’ils font généralement). Si l’on s’en tient uniquement au prêt-à-porter, il n’y a pas de quoi s’offusquer, à deux ou trois répétitions près. Par contre, les accessoires, c’est autre chose. Et plus particulièrement, les boucles d’oreilles:

Le site américain Refinery29 a fait un court (mais plutôt remonté) article à ce sujet, qualifiant les allusions “coloniales” de la griffe italienne de “lamentable”. Et vous l’imaginez, la polémique grossit d’heure en heure.

J’en ai déjà parlé, avec la multiplication des scandales racistes dans la publicité (cas Nivea), la presse (Vogue, Elle France) ou la mode (cas The Kooples), le web et plus généralement le public est devenu une sorte de milice qui veille au grain. Cela a ses avantages… mais aussi, ses inconvénients…principalement, le fait de parfois créer des polémiques à partir de/pour rien.

Dans le cas de Dolce, je dois dire que je suis confuse. J’attends qu’ils nous fournissent exactement les éléments qui expliquent le recours à ces boucles d’oreilles. Elles rappellent les mamas créoles du temps de l’esclavage pour les uns, et les femmes d’Afrique du Nord pour d’autres… Je ne dispose pas d’une culture exhaustive en termes d’imageries liées aux populations noires, donc je préfère attendre de voir comment D&G va justifier cela. Ceci étant, je crois que même si l’on veut rester de bonne foi et ne pas s’emballer, certains détails poussent à la suspicion: sur 87 looks présentés pendant le défilé, pas UN SEUL mannequin noir. Du coup, voir un mannequin au visage ultra-pâle porter ce type de boucles d’oreilles crée un décalage qui peut mettre mal à l’aise. Ensuite, le fait que l’inspiration derrière ce cru Printemps/Eté 2013 ait pour point de départ précis la Sicile d’antan nous laisse un peu dans le doute. La Sicile des années 50 ? Parce que selon la période, le contexte nous dira très rapidement si oui ou non ces boucles d’oreilles sont “colonialistes chic” comme l’a dit Refinery29.

En dehors de ces considérations dans le détail, la question se pose de savoir si, racistes ou non, il aurait fallu sortir ces boucles d’oreilles pour commencer. Pardonnez-moi le parallèle, mais ça m’évoque directement la polémique autour de Charlie Hebdo qui a publié des caricatures alors qu’un film anti-musulman déchaînait les passions dans le monde arabe. Est-ce que par temps de grande “sensibilité” sur certaines questions, on évite tout simplement de faire quoi que ce soit qui s’y rapporte de loin ou de près ?

Où se situent les limites entre respect de l’autre et l’hypocrite politiquement correct (et par ricochet donc, la pensée unique) ? Le principe de précaution n’a jamais été autant d’actualité.

Trouvez-vous ces boucles d’oreilles racistes ou faisant l’apologie du temps des colonies ?

(Je crois que même si elles le sont, cela n’empêchera malheureusement pas l’immense majorité de la clientèle noire de s’acheter des sacs ou des jeans D&G une fois la polémique passée, soyons réalistes.)

1 commentaire

  1. Lily07

    Pour le moment, le message est en effet que les images sont tirées de l’histoire et du folklore siciliens : ce serait des personnages récurrents de l’histoire de l’île. Si l’on parle de la Sicile du 12e siècle, pourquoi pas ! Personnellement, je crois que c’est à nouveau un dérapage qui, ce qui est le plus navrant n’a même pas été pensé en tant que tel. C’est bien beau de vouloir rendre un tribut à un continent, un pays ou une culture, mais où est l’intérêt de le faire à partir de clichés ? C’est agaçant et très fatigant. A force de répétitions, on a l’impression de faire beaucoup de bruit pour rien en s’insurgeant. Surtout qu’on nous répond à chaque fois “c’est de l’art, ce n’est pas censé être politiquement correct” ou “ce n’est pas raciste, arrêtez d’employer ce mot à la première offense, c’est épuisant”. Oui c’est en effet épuisant de vivre dans une époque où il y a deux poids, deux mesures pour tout. Et généralement, les gens ne voient le scandale d’un sujet que lorsqu’il les touche personnellement. J’adore la mode, j’ai étudié l’histoire du costume et l’évolution des tendances mode et socio-culturelles depuis la Rome antique. Pourtant, ce qui m’attirait tellement auparavant, me répugne de plus en plus. C’est à croire que les cultures non-occidentales servent de faire-valoir, si ce n’est de défouloir, selon les époques et les stylistes. Voilà pourquoi les magazines type FB, Afrosomething,… sont important.”If you can’t change the rules, make them”. Comme toi, j’attends avec impatience le communiqué de D&G, bien que j’ai le sentiment de savoir déjà ce qui va se dire.

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