Virginie Mouzat est mon héros !

Vous l’aurez sûrement remarqué, plus le temps passe, plus mes articles sont “industry-centered”. A vrai dire, j’ai l’impression d’être la tête dans le guidon parce qu’il faut que j’apprenne, et vite. C’est terminé l’espèce de confort distant par définition que j’avais. Du coup, je suis un peu comme un enfant qui passe du siège de spectateur aux coulisses du cirque. Comme je l’avais déjà sous-entendu, cette nouvelle phase a ses hauts et ses bas. Notamment parce que je me rends compte qu’il y a un bon nombre de choses que je croyais vraies (en tant que lectrice lambda) et qui s’avèrent être modifiées/falsifiées/inexistantes (en tant que-disons- “éditrice“). Cela vaut aussi pour un autre secteur, les Relations Publiques/Presse.

Ce ne sont que des redites mais, mon principal problème (qui s’est légèrement transformé en angoisse) reste l’éthique, l’indépendance, le droit de pouvoir dire que l’on n’aime pas une collection/le travail d’un designer, sans avoir à craindre pour le budget du numéro d’après. C’est un exercice d’équilibriste dans lequel il faut apprendre à mettre de l’eau dans son vin sans pour autant en devenir hypocrite. Où se situe la ligne entre les deux ? Est-ce parce que l’on dit poliment que l’on n’a pas spécialement adoré une collection que l’on a été sincère ? Est-ce parce que l’on dit que l’on a trouvé le dernier cru de la maison X totalement dénué d’intérêt que l’on a pour autant insulté son directeur artistique ? J’essaie de trouver un moyen de “gagner” sur tous les tableaux, mais j’ai comme l’impression que c’est toujours quitte ou double.. “La bouche qui mange ne parle pas” dit un fameux dicton (camerounais ?). D’ici là, on verra comment cela se passe.

C’est aussi parce que ces questions sont hyper importantes pour moi, aussi bien personnellement que professionnellement, que j’ai fini par découvrir que les 3 femmes que j’admirais le plus dans la mode avait en commun d’être ce que l’on peut appeler des “grandes gueules”. Suzy Menkes du Herald Tribune, Cathy Horyn du New York Times et Virginie Mouzat du Figaro. En toute franchise, j’ai toujours admiré les 2 premières citées pour leur franc-parler, et leur manière d’éviter la complaisance alors que touuuuutes les autres rédactrices disent adooooorer une collection qui n’a pourtant rien de bon, ni dans sa construction intrinsèque, ni dans la manière dont elle a été dévoilée/scénarisée. A la 3ème position, c’était plutôt Hilary Alexander, du Telegraph. Je ne lui trouvais pas spécialement d’honnêteté particulière, mais plutôt une espèce de rigueur constante dans les détails. Elle m’a toujours eu l’air d’être finalement très détachée en somme. Comment se fait-il donc que Virginie Mouzat lui ait piqué la place dans mon trio de tête ? Petit retour en arrière.

Dans cette industrie de la mode et du luxe, il y a des intouchables. Des gens que l’on ne critique JAMAIS. Parce que trop influents, trop (sur)protégés, trop appréciés. Si je devais en citer quelques uns, je dirais Azzedine Alaïa, Karl Lagerfeld (du moins, quand il dessine pour CHANEL), Miuccia Prada ( à une exception près)…et surtout Tom Ford. Alors là, je dois le dire, j’ai toujours eu un problème avec Tom Ford, ça ne date pas d’aujourd’hui.

Mettez ça sur le compte d’un puritanisme relativement paradoxal si vous voulez, mais je pense que ça date de son époque GUCCI. Le fait est que lorsqu’il était chez YSL, je m’intéressais plus aux chorégraphies des Spice Girls qu’à la couture. Je l’ai donc découvert un peu plus tard que tout le monde, j’étais comme qui dirait, déphasée avec tout ce culte que l’on a commencé à lui vouer après son arrivée chez Gucci. Peut-être suis-je trop jeune pour re-contextualiser mais d’accord, il a relancé la marque, mis la femme milanaise sexy sur le devant, lancé une tendance de fond qui perdure jusqu’aujourd’hui etc…mais je ne vois toujours pas son génie. En termes de couture, de structure, de proposition. Je ne vois rien de plus qu’un autre designer de prêt-à-porter un peu fétichiste et prétendument “hors-tendance par choix” n’ait déjà proposé. Une fois de plus, comme souvent, je me suis dit qu’une notion-clé devait sûrement m’échapper.

Puis j’ai vu son avant-dernière collection. Buzz médiatique, invités triés sur le volet, pas de photos de la collection sur le web (ni nulle part ailleurs)  tant que le grand manitou ne l’a pas décidé..tout ça sur le compte d’une soudaine envie de la faire à l’ancienne, à l’époque où tout n’était pas immédiat, où on venait d’abord aux défilés pour découvrir, analyser, apprécier, juger ET jauger une collection. Sur ce point, j’étais plutôt ravie puisque je milite pour cela aussi (même si je sais que c’est totalement absurde vu l’industrie actuelle et ses délais toujours plus courts). Mais une fois que j’ai donc vu la collection, j’ai eu l’impression d’avoir affaire un créateur kitsch qui se complaît dans une forme de répétition. Je ne lui demandais pas d’aller jouer les Gareth Pugh ou de changer son esthétique à 360 degrés, mais de là à faire du (pardonnez-moi) médiocre parce que c’est CA Tom Ford et que finalement, on l’aime pour CA, non merci. J’ai toujours trouvé qu’il s’était volontairement enfermé dans ce déluge de velours, accumulations sans réel but, et ce je-ne-sais-quoi d’ennuyant qui lui est propre. Mais comme d’habitude, le petit milieu a adoré et continue de le faire, oh le génie, tout ça, vous connaissez la suite.

Seulement, il y a 2 ou 3 mois maintenant, alors que je fais ma ronde quotidienne sur mes blogs habituels (The Cut, Fashionista, Jezebel tc), je vois cet article. Stu-pé-faction. Virginie Mouzat, celle que je prenais pour une intellectuelle un peu snob, a osé qualifier la dernière collection Printemps-Eté 2012 de Tom Ford, de “CAUCHEMAR” et vulgaire. Alors bien évidemment, c’était frustrant de ne pas avoir les images du défilé (elles ne sont disponibles que depuis un mois environ), mais j’étais tellement RAVIE qu’ENFIN, certain(e)s osent dire qu’il est temps d’arrêter cette idolâtrie aveugle et ô combien subjective envers Ford. Cela a eu le mérite de me pousser à fouiller un peu sur Virginie Mouzat, afin de savoir comment elle a fait pour en arriver à pouvoir dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, sans craindre de perdre son poste.

Mon très cher P. m’a, ce matin, fait parvenir les scans de son interview dans le magazine INDUSTRIE (magazine dédié aux personnalités du business de la mode). Et comment vous dire….j’avais l’impression d’être à l’église en la lisant. Que ce soit la responsabilité évidente de Dior dans l’affaire Galliano, le clash qu’il y a eu entre la maison Yves Saint Laurent et Le Figaro après une revue de défilé relativement négative, Moschino qui lui a interdit d’assister à ses défilés, ou encore la supercherie qu’est Formichetti chez Mugler et plus largement, le fait que les D.A. des grandes maisons soient devenus exclusivement des mondains incarnant la marque et rien d’autre, j’y ai retrouvé mes propres opinions presque mot pour mot. Son passage sur les relations entre presse et annonceurs est assez court mais je crois qu’elle en parle plus longuement de manière indirecte tout au long de l’interview. Cette franchise m’a franchement mis du baume au coeur, et je tenais à le partager en cette nouvelle semaine qui commence, voilà.

Les scans par ordre de lecture:

Et si cela vous dit, pendant qu’on y est, vous pouvez lire le dernier article de P-A sur la “polémique Karlie Kloss”. Je suis totalement d’accord sur le caractère infondé de cette idée populaire selon laquelle les mannequins doivent (pour faire court) être grosses parce qu’elles doivent ressembler à la femme lambda. Ce n’est pas leur métier, ni leur rôle d’être comme Madame Tout Le Monde, mais il me faudrait l’expliquer avec mes propres arguments. En attendant que je le fasse, l’article de P-A est déjà un bon début puisque je partage son analyse.

3 commentaires

  1. Paks Zolanski

    “Et comment vous dire….j’avais l’impression d’être à l’église en la lisant.” hahahahah !

    C’est carrément vrai, durant ma lecture, je crois avoir lancé une bonne dizaine de “Amen”.

    Non mais Virginie Mouzat, c’est une des rares journalistes, au sens premier du terme, avec une véritable éthique. Et il parait que c’est une auteure géniale aussi. Je la vénère presque.

    Merci pour le linkage tho’ :)

  2. LOLA

    Virginie Mouzat est aussi une femme que j’admire tout simplement parce que c’est la seule journaliste française de mode. La France a beau être le pays de la mode, c’est finalement celui où on en parle le moins paradoxalement. Elle fait partie de celles dont l’avis compte..

    Mais, je ne vois pas la situation de la même manière que toi finalement. Dans la mode, il y a 3 intouchables qui sont Alaia, Ghesquière et Prada (On ne déteste JAMAIS au bon JAMAIS leurs collections= WEIRD). Karl ne rentre pas dans la catégorie pour moi car il est un peu à part du fait de la longévité de sa carrière et presque de la méconnaissance de son travail aujourd’hui. C’est le seul couturier en activité qui a connu des gens comme Dior ou Chanel (de leurs vivant) et travaillé pour des maisons aujourd’hui oubliées (Patou).Il a commencé dans les années 50 et a plus un statut d’icone mais la presse ne l’a jamais épargné.
    Tom Ford est un cas spécial. Personnellement, je l’adorais chez Gucci et YSL. On réduit beaucoup son travail à la sexualité de ses campagnes et à la collection été 2003 mais c’est beaucoup plus complexe. Sa collection la plus originale (été 2001) avait été détruite par la critique comme beaucoup de ses collections mais là n’est pas le problème. Le problème c’est son retour dans la mode féminine avec cet espèce “d’élitisme” passé avec une mode un peu trop référencée. Toute sa stratégie marketing fait un peu prétentieuse et quand on fait autant de tapage en interdisant les photos, en contrôlant au maximum tout les flux, les gens attendent un truc spectaculaire mais finalement…il ne se passe rien.

    Virginie Mouzat a fait son travail de journaliste en ne compromettant pas ses principes. J’ai aimée cette critique car j’espérai qu’elle ai fait l’effet d’un électrochoc sur Tom pour qu’il arrête son délire 70′s.

    Tu te demandes comment elle a fait pour arriver à pouvoir dire ce qu’elle pense? Simplement en étant une journaliste. Si tu remarques, seules les journalistes de mode sont des femmes influentes aujourd’hui. On confond beaucoup rédactrices et journalistes. La plupart des rédactrices sont des stylistes de base et n’ont pas les mêmes références culturelles ou autres que les journalistes. Demandez à une styliste de décrypter une collection et demandez à une journaliste de le faire, vous verrez la différence. Les journalistes sont les femmes de l’ombre qu’on veut bien courtiser, elles sont les seules qui une fois étant à la tête d’un magazine, peuvent dicter leurs lois (Babeth Djian ou Anna Wintour, Sozzani) plutot que de subir le poids des annonceurs (Katie Grand, Alt….bref toutes celles sous la coupelle Conde Nast). Ce sont des femmes inaccessibles presque qui même sans la mode auraient des activités enrichissantes. D’ailleurs beaucoup d’entre elles ont des activités parallèles qui ne se cantonnent ni au consulting ni à la mode.

    PS: voici une vidéo de l’intéressée défendant son article:http://www.youtube.com/watch?v=KQ3nT5ZXNfQ (de 0:34 à 7:40)

  3. Pingback: Cathy Horyn a encore frappé… et Oscar de la Renta en prend pour son grade. | The MayBach Experience.

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